Tout d’abord, il faut rappeler que si juillet est l’un des plus gros mois de l’année, une saison se mesure de plus en plus sur une année complète.
Ensuite, il faut rappeler que juillet a toujours été poussif avant le 14/07. Ce phénomène est connu et mesuré.
Plus globalement, sur juillet et août, récemment, la dernière enquête BVA 2025 diligentée pas le CDT de la Dordogne, valorisait – avec raison – un recul de la fréquentation compensé par les ailes de saison.
Pour améliorer l’expérience client et appuyer la soutenabilité du tourisme pour les habitants et le territoire, il faut encourager ce phénomène avec un point de vigilance : la compensation des baisses de juillet-août ne doit pas s’apprécier en nuitées mais en chiffre d’affaires et en marge.
Pour revenir à juillet, afin de mener une primo-analyse rationnelle, 3 points sont nécessaires : prendre de la hauteur ; analyser les nuitées mais aussi le reste ; aborder les dualités conjoncturel/structurel et causalité/corrélation.
Prendre de la hauteur
D’abord géographiquement
Au niveau national, des zones ont gagné, d’autres ont perdu. La Bretagne, par exemple, a obtenu plus de réservations. On parle d’une réorientation des flux liés aux canicules. C’est une hypothèse à confirmer.
Au niveau infra, si on regarde les voisins de la Dordogne (-3,65% non consolidés), le Lot perd 9% en juillet ; en revanche, la Corrèze est plutôt stable (-1,8%) sur ce même mois. Là, il y a matière à questionnement.
Ensuite temporellement
Comparer le mois de juillet N au mois de juillet N-1 n’est évidemment qu’une partie de l’analyse. Il faut élargir le cadre temporel pour cerner le phénomène.
Prenons l’exemple de la ville de Sarlat pour laquelle nous disposons des données depuis 2023 grâce à Fluxvision tourisme d’Orange et à notre partenariat avec le CDT de la Dordogne.
Globalement, Sarlat est passée de 994.000 nuitées en 2023 à plus de 1,2 million de nuitées en 2024 et 2025.
Si on regarde le détail par mois, on voit que 2026 est en dessous de 2025 et 2024. Toutefois il reste est au-dessus de 2023 sur l’avant-saison et la projection pour juillet 2026 est quasi équivalente à celle de juillet 2023.
Les nuitées, mais pas que...
Soyons clairs, les nuitées ont baissé en juillet par rapport à N-1. C’est -10% pour l’EPCI Sarlat-Périgord Noir (quasiment comme le Lot).
Est-ce que la destination a accueilli moins de personnes ?
Au premier semestre 2026, les arrivées de touristes ont été stables par rapport à 2025 avec -0,9%. Pour juillet, le nombre d’arrivées de touristes est passé de 161 000 à 173 000 entre 2025 et 2026, soit une augmentation de 7,4%.
En revanche, la durée de séjour est passée de 3,9 à 3,1 nuits, d’où la baisse des nuitées.
Une analyse plus fine entre clients français et étrangers sera intéressante à mener sur ce point.
Si on regarde du côté des excursions, toujours pour juillet, elles baissent de -1,8% entre 2026 et 2025 pour l’EPCI. Ce chiffre est sans commune mesure avec la baisse des nuitées. Dès lors, si on veut vraiment observer juillet en l’isolant (cf. point 1), 2 faits semblent solides et méritent une analyse des causes :
1. Plus de personnes mais des séjours plus courts ;
2. La capacité d’attraction du territoire demeure, mais les excursionnistes semblent venir, plus qu’avant, de zones limitrophes à l’EPCI voire au département.
Conjoncturel / Structurel ; Corrélation / Causalité
L’explication de la fréquentation est multifactorielle. Les baisses comme les hausses (cf. les données Fluxvision utilisées par les institutionnels, qui restent des estimations statistiques avec des marges d’erreur) doivent faire l’objet d’analyses statistiques fines. Par ailleurs, toutes les variables intervenant dans la saison doivent être envisagées et testées pour fournir aux acteurs des indications à partir de données statistiquement significatives. Ces analyses doivent notamment démêler ce qui relève du temps court et du temps long.
Sur la fréquentation des Français, elle est effectivement à la baisse en nuitées. Quelles explications ? Ils sont partis ailleurs (chez les concurrents) ; ils sont moins partis (+5 points du taux de non-partants pour les séjours de 4 nuitées et plus : https://www.communes-touristiques.net/saison-estivale-2026-les-tendances-a-date/) ? Effet prix qui pourrait expliquer la stabilité de la Corrèze ?
Français vs Étranger ? Ce que l’on voit sur juillet, sur le temps long (2023-2026), c’est que pour un nombre de nuitées quasiment équivalent, la répartition FR/étranger passe de 65/35 à 58/42. Cette modification provient à la fois de la baisse des FR et de la hausse des étrangers.
Effet canicule ? Sans doute. La canicule précoce de juin a pu orienter une partie des réservations estivales vers l’ouest et la montagne. Plus probable, les réservations de dernière minute, courantes depuis plusieurs années en juillet, ont vraisemblablement été perdues. La canicule peut aussi avoir déclenché des annulations ou des raccourcissements de séjours.
Impact du prix des carburants ? Sans doute, même si a priori les enquêtes affirment que cela a peu joué sur les intentions de départ, et que cela a plutôt impacté le choix de la destination et la consommation sur place.
Au niveau infra-départemental, le Sarladais perd plus de nuitées que d’autres zones du Périgord. Des comparaisons de ce type sont factuellement juste mais doivent être complétées par des données sur le poids économique du tourisme, le type de tourisme, le poids des hébergements marchands (fluxvision ne permet pas de distinguer les nuitées marchandes des non marchandes).
Pour conclure, un travail sérieux d’analyse concernant la totalité de la saison, qui évitera les raccourcis et les biais cognitifs, sera nécessaire pour apporter des éléments de réponse permettant de préparer les saisons à venir.